.:: Code rouge- 2008::.

# Posté le lundi 17 août 2009 10:01

.::Salah Hamouri en prison sur simple présomption: Un Silence Assourdissant::.

L'amitié publiquement prodiguée par Nicolas Sarkozy envers Benyamin Netanyahu n'aura finalement servi à rien dans l'affaire Hamouri. Le scandale de la détention arbitraire du Franco-Palestinien demeure. Ce dimanche 26 juillet, la commission spéciale d'un tribunal israélien, qui devait examiner sa demande de libération anticipée, a rendu son verdict : Salah Hamouri, âgé de 24 ans, restera en prison. Alors qu'il venait d'effectuer les deux tiers de sa peine, le jeune homme, condamné sans preuve à sept ans d'incarcération pour un "délit d'intention", pouvait bénéficier en théorie d'une remise.


Détenu en Israël depuis mars 2005, l'étudiant, alors inscrit en sociologie à l'Université de Bethléem, avait été accusé de vouloir attenter à la vie d'un rabbin extrémiste sous le prétexte ubuesque de son passage nocturne en voiture à proximité du domicile d'Ovadia Yossef, chef spirituel du parti ultra-orthodoxe Shas. Il lui a été également reproché, dans la foulée et sans le moindre indice probant, de faire parti du FPLP, circonstance aggravante, en raison de témoignages, aussitôt rétractés, de détenus palestiniens. A la mascarade judiciaire s'en est suivi une lâcheté diplomatique.

Tandis que les cas particuliers de Gilad Shalit, soldat franco-israélien engagé dans l'armée de Tsahal, et de Clotilde Reiss, l'étudiante récemment arrêtée en Iran, ont fait l'objet de vives réactions d'indignation de la part des autorités françaises, le silence politique -et médiatique- continue sur le sort de Salah Hamouri. Sans doute faudra-t-il compter sur le militantisme sans relâche des nombreux comités de soutien du Franco-Palestinien, eux-mêmes encouragés par divers élus tels Daniel Cohn-Bendit et Henri Emmanuelli, pour parvenir à faire reconnaitre cette décision arbitraire. Le personnage censé pouvoir faire pression afin de résoudre cette injustice patente, en l'occurence le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est aux abonnés absents.

Mis à part la vague promesse faite à la mère de Salah Hamouri en février 2008 de "faire passer le message" à qui de droit, le croisé de l'humanitaire à géométrie variable continue vaillamment de courber l'échine sur la question sensible des actes illégaux commis par Israël. Interrogé le 8 juillet sur France Info, le ministre avait fait sensation, malgré lui, en confondant la minorité sino-musulmane des Ouïghours avec le terme générique d'un célèbre dessert lacté.

Peu auront retenu lors de cette interview effectuée par Raphaëlle Duchemin la terrible réponse de Bernard Kouchner quant à la suggestion de la journaliste de convoquer l'ambassadeur israélien, suite aux brimades régulièrement exercées par des militaires de Tsahal à l'encontre de médecins français à l'entrée du territoire de Gaza : "cela ne sert à rien, voyons...c'est tout le temps comme cela". Protester au nom de la France contre la détention illégale par Israël d'un de ses ressortissants ? Cela aussi, sans doute, ne servira "à rien" dans l'esprit des dirigeants de la diplomatie hexagonale. Au silence et à l'impuissance s'ajoute désormais le déshonneur.


Hicham Hamza

# Posté le mardi 28 juillet 2009 04:07

.::Briser le Silence::.

Trois ans déjà que ce blog existe. Il a été inauguré en pleine guerre du Liban, le 23 juillet 2006. Il a suscité de nombreuses contributions, qui ont d'ailleurs été étudiées par Valérie Jeanne-Perrier. Vous pourrez retrouver les résultats de son enquête dans « Commenter les commentaires ». La seconde partie de l'étude de Valérie Jeanne-Perrier devrait s'appuyer sur une série d'entretiens avec un certain nombre de commentateurs ou simplement de lecteurs du blog. Pour l'instant, elle n'a pas eu beaucoup de réponses et je rappelle donc à ceux qui seraient intéressés qu'il peuvent envoyer leurs adresses e-mails à l'adresse site@monde-diplomatique.fr, afin qu'elle puisse prendre contact avec eux.

Depuis la guerre du Liban de 2006, la région a connu une autre guerre à Gaza ; une escalade en Afghanistan-Pakistan ; une certaine détente en Irak avec le retrait des troupes américaines des villes ; une crise en Iran après l'élection présidentielle du 12 juin ; l'élection d'un gouvernement d'extrême droite en Israël.

Peu de bonnes nouvelles en somme... Seule l'élection du président Barack Obama offre quelques perspectives. Avec, d'abord, un changement du discours, notamment l'abandon du concept de « guerre contre le terrorisme » et une plus grande ouverture en direction de l'islam, comme en a témoigné le discours du Caire, le 4 juin 2009. Avec, ensuite, un durcissement de la politique à l'égard de la colonisation israélienne, politique qu'avaient abandonnée, depuis longtemps, les administrations américaines précédentes. La convocation de l'ambassadeur israélien à Washington pour lui faire part du mécontentement des Etats-Unis face au projet de nouvelles constructions à Jérusalem est un signe positif. Il est assez pitoyable que la France se soit ralliée à cette démarche quelques jours plus tard, comme si elle avait besoin d'un feu vert américain. Il fut un temps où Paris ouvrait la voie au Proche-Orient en reconnaissant l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) ou le droit des Palestiniens à un Etat... Ce temps est bien passé avec M. Nicolas Sarkozy. Et, alors que les Etats-Unis envisagent des sanctions, en jugeant « prématuré » de parler de pressions financières, Paris s'abstient de toute pression concrète sur le gouvernement israélien.

Il est bon de rappeler que le problème fondamental n'est pas les colonies, mais l'occupation : toutes les colonies sont illégales, et il faut les démanteler. Un des risques de la la stratégie adoptée par M. Obama est que, demain, après bien des tergiversations, le gouvernement israélien accepte le gel des colonies – gel qu'il sera pratiquement impossible de contrôler, car la plupart des constructions sont le fait du secteur privé –, et que, devant cette « importante concession », les Etats-Unis et l'Union européenne se retournent vers les pays arabes et les Palestiniens et leur demandent : « Qu'offrez-vous en échange ? » Or, rappelons-le, il n'y a rien à offrir en échange : le conflit n'oppose pas deux parties égales, mais un occupant et un occupé. Ce qui est nécessaire, c'est l'application du droit international et la fin de l'occupation, ni plus ni moins... En attendant, la situation à Gaza reste terrible et toute reconstruction impossible du fait du blocus israélien.

Un des aspects positifs, si l'on peut dire, de la guerre de Gaza, est la prise de conscience de l'ampleur des crimes commis par l'armée israélienne. Du rapport d'Amnesty International à celui des l'organisation Breaking the silence (qui reprends des témoignages de soldats israéliens), tous les éléments sont présents pour la mise en place d'un tribunal pour juger les responsables. On attend toujours les réactions à ces révélations de Bernard-Henri Lévy et consorts, qui préfèrent s'intéresser à la crise du Parti socialiste, ou aux violations des droits de la personne ailleurs, pourvu qu'on ne parle pas d'Israël. Notons l'article de Henry Siegman, « The UNSC's responsability for Middle East peace », qui revient, dans Haaretz du 21 juillet, sur la proposition faite par Javier Solana que le Conseil de sécurité de l'ONU assume la responsabilité de reconnaître un Etat palestinien.

L'escalade en Afghanistan-Pakistan et la décision du président Obama d'en faire « sa » guerre sont des motifs d'inquiétude, alors que se prépare pour le 20 août une élection présidentielle afghane qui risque de reconduire un président et une administration incompétents et corrompus. La voix de la France est particulièrement absente, alors que la seule solution est le retrait du contingent français, contingent qui ne sert à rien et qui ne donne à Paris aucun poids sur la définition de la stratégie en Afghanistan.

Si le discours américain sur l'islam s'est fait plus modéré grâce au président Obama, on ne peut pas dire que cela soit le cas en France ou en Europe. Alors que l'assassinat en Allemagne d'une jeune femme égyptienne qui portait le foulard n'a suscité que des réactions à retardement et timides, le parlement français ne trouve pas de sujet plus important sur lequel créer une commission que la burqa (commission dont le nom officiel est désormais « Mission d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national ») et lance, dans l'urgence et le consensus, un débat qui, paraît-il, ne concerne pas l'islam, mais les femmes. Qu'un parlement dans lequel on compte à peine plus de 10% d'élues se fasse le défenseur de la cause féministe a de quoi faire sourire. Il est vrai que ces messieurs deviennent féministes dès lors qu'il s'agit de libérer les femmes afghanes ou musulmanes, mais qu'ils sont incapables d'assurer la moindre parité au niveau des instances politiques ou économiques...

Enfin, il y a la glaciation politique au Proche-Orient, thème qu'aborde Moulay Hicham dans le numéro d'août du Monde diplomatique (en kiosques le 28 juillet), sous le titre « Retour vers le futur dans le monde arabe ». Le nouveau rapport 2009 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour le monde arabe confirmera sans doute cette impasse. Un rapport d'Amnesty International sur les droits de la personne en Arabie saoudite et leurs violations au nom de la guerre contre le terrorisme, « Abuses in the name of fighting terrorism » (22 juillet), n'incite guère à l'optimisme. D'autant que des rapports de même teneur existent sur pratiquement chacun des Etats arabes...

Alain Gresh (Monde Diplomatique)

# Posté le samedi 25 juillet 2009 04:53

.:::Oublier Gaza, c'est donner du Crédit à la Politique Israélienne:::.

.:::Oublier Gaza, c'est donner du Crédit à la Politique Israélienne:::.
Voici un témoignage sur l'atrocité des crimes commis par Tsahal, qui montre que nous n'avons tout simplement pas le droit d'oublier le sort réservé aux Palestiniens de Gaza.
Opération « Plomb durci » à Gaza
Témoignage glaçant sur les atrocités de l'armée israélienne


N'oubliez pas Gaza ! C'est le cri que je voudrais lancer en rentrant de Gaza. Car, on vient de le voir, le cessez-le-feu ne représente ni une victoire pour Israël ni la paix, mais prépare de nouvelles agressions. D'ailleurs le cessez-le-feu n'existe pas. Il est rompu tous les jours par Israël par mer ou par terre et les drones sillonnent en permanence le ciel de Gaza.

Sylvette Rougier

Je suis partie à Gaza en réponse à l'appel des organisations du Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens, de la Coordination Inter Associative pour la Palestine qui regroupe plus de 60 organisations, et de l'Association pour le Développement de la Santé des Femmes. Notre délégation de solidarité et d'assistance médicale composée de médecins, infirmières, juristes, responsables politiques et associatifs avait pour but d'apporter une assistance médicale et de participer au travail d'investigation sur les crimes de guerre caractérisés commis par l'armée israélienne.

Il me semblait important comme infirmière de mettre mes compétences professionnelles au service des Palestiniens, comme citoyenne de manifester ma solidarité à des gens victimes de traitements inhumains, et comme membre d'une organisation solidaire des Palestiniens, d'être avec eux à un moment où ils étaient si isolés et où leur situation était si difficile.

En fait nous sommes arrivés au moment où la trêve était déclarée et du coup, notre mission s'est orientée essentiellement vers un recueil de témoignages afin d'étayer la demande de plainte auprès de la Cour Pénale Internationale.

La délégation qui a réclamé et obtenu le soutien du Ministère des Affaires Etrangères français était composée de : Abdelaziz Yassine BENJELLOUN TOUIMI, Orthopédiste, Elena ALFARO, infirmière, Sylvette ROUGIER, infirmière, Mathieu BEURIER, secouriste, Philippe PASCAL, Président de Rencontre Africaine, Mireille MENDES-FRANCE, juriste, Daniel VOGUET, avocat, Jacques FATH, responsable des relations internationales du PCF, Alima BOUMEDIENNE THIERY, sénatrice (Les Verts), Samir ABDALLAH, cinéaste Khéridine MABROUK, grapsalam.

Que dire de ce séjour pour ne pas faire jouer seulement l'émotion ?

1 – Les destructions

Nous sommes entrés à Gaza par Rafah au sud le mardi 20 janvier. Le cessez-le-feu est entré officiellement en vigueur l'avant-veille. Quand nous arrivons vers 8 heures, une petite file est déjà formée, attendant le bon vouloir des soldats égyptiens pour ouvrir la porte. Au fil des 5 heures que nous passerons là, cette file grossira considérablement. Constituée de journalistes de toutes nationalités, mais aussi de Palestiniens absents au moment de la guerre et qui voudraient bien rentrer chez eux, constater les dégâts. Ainsi un jeune homme attend depuis 14 jours, une femme chargée de paquets attend depuis 48 heures. Elle sait que sa maison a été détruite et pleure en silence, s'essuyant les yeux avec son voile blanc.

Il n'y a rien à faire au terminal de Rafah. On patiente en buvant thé ou café que sert un bar de fortune judicieusement installé là. Des taxis attendent les éventuels sortants ou les refoulés pour les remmener en Egypte.

Nous voyons beaucoup d'ambulances sortir de Gaza et on nous dit qu'elles évacuent les grands blessés vers des hôpitaux égyptiens. Beaucoup d'ambulances orange entrent également, dons des pays arabes semble t'il. Sans doute pour racheter leur conduite pendant la guerre ! Un rapide contrôle avant de passer la grille puis elles seront stockées dans la cour avant d'obtenir le droit d'entrer à Gaza.

Des convois humanitaires décorés de banderoles de solidarité entrent et suivent le même chemin.

Finalement, nous profitons de l'arrivée de la délégation du Ministère des Affaires étrangères français et de la présence du représentant de l'Ambassade pour entrer et subir le contrôle tatillon de la bureaucratie égyptienne qui nous retiendra encore 1 heure après nous avoir fait signer une décharge de responsabilité.

Enfin nous entrons à Gaza. Le responsable palestinien de l'UNRWA pour le sud et le centre de Gaza, Awad Ale nous accueille par ses mots : « les Arabes ont bu à notre santé. Nous sommes contents que vous soyez venus ».

Nous allons alors passer 4 jours à constater l'ampleur des dégâts, en sa compagnie et celle d'Abdel Abed Al Halim, responsable du Centre Palestinien des Droits de l'Homme de Khan Younes . Nous sommes allés à Rafah, Khan Younes, Azbet Abed Rabo dans le district de Jabaliya, Gaza ville, Al Atatra au nord ouest de Gaza près de Beit Lahia, Zeitun, quartier sud est de Gaza ville, Khuzaa à la frontière sud est de la Bande de Gaza.

Partout la désolation règne comme en France après la tempête ou comme après un tremblement de terre ou un tsunami. Sauf que là, il ne s'agit pas d'une catastrophe naturelle, mais volontaire, pratiquée de sang froid et avec un cynisme incroyable par une des armées les plus puissantes du monde, sous les yeux et en direct de tous.

La route Salah Eddine qui traverse du sud au nord la bande de Gaza et qui était asphaltée est transformée en chemin de terre aux innombrables nids de poule.

Partout le même spectacle de maisons démolies, « bulldozées », sauvagement malaxées avec la terre ne laissant aucune possibilité de récupérer quoi que ce soit à ses occupants. Les zones agricoles sont ravagées en profondeur rendant leur remise en culture quasi impossible. On dirait Verdun mais dans une zone habitée et, qui plus est, une des plus denses au monde.

Les maisons les moins détruites laissent apparaître des restes de vie : un livre d'école, des pages d'un Coran, des fauteuils, des lits, des vêtements, des instruments de cuisine, des jouets. Ailleurs tout est noirci par le feu des bombes incendiaires ou au phosphore. D'ailleurs celui-ci brûle encore et répand partout son odeur âcre. On trouve aussi des morceaux d'obus éclatés.

Dans certains endroits, les cadavres des bêtes, chèvres, ânes, poules, pourrissent à l'air libre et l'odeur de décomposition provoque la nausée.

Les canalisations sont éventrées. L'eau est coupée en de nombreux endroits et les gens font des réserves dans des bidons plastiques. L'électricité est réservée à ceux qui possèdent des générateurs. Le gaz n'est plus livré et les habitants ont du inventer des systèmes de propulsion de gazole ou kérosène avec des pulvérisateurs pour cuisiner. Le bois est devenu une denrée très recherchée et nous assisterons à une dispute pour s'approprier des restes d'une maison.

Partout les gens chassés par les bombardements reviennent pour tenter de récupérer ce qui peut l'être, constater les dégâts, ou simplement s'asseoir sur ce qui était leur maison et n'est plus qu'un tas de gravats. Un chassé croisé incessant de charrettes, motos, voitures au chargement branlant et hétéroclite se bouscule sur les routes et les chemins défoncés.

Tous les Palestiniens que nous rencontrerons ont des histoires terribles à raconter : enfants, femmes, hommes, tués à bout portant, y compris ceux qui portaient un drapeau blanc, tirs sans sommation, arrestation des hommes jeunes et matraquages systématiques. Enfants, femmes, hommes, écrabouillés dans la destruction de leurs maisons. Ambulances empêchées d'arriver sur les lieux. Morts qui ne peuvent être ensevelis.

Houssam du village d'Azbet Abed Rabo dont l'usine de céramique et la maison ont été entièrement dévastées en même temps que 5 autres maisons voisines et 2 taxis nous dira « ils peuvent faire ce qu'ils veulent, on sera toujours là. Il faut le dire au monde entier. Ils peuvent lancer des bombes atomiques, il y aura toujours un Palestinien qui sortira pour réclamer ses droits. »

Omar, du village d'Atatra au nord ouest de Gaza, est étudiant infirmier. Le regard hébété il nous raconte comment sa maison a été rasée après que lui et toute sa famille aient été enfermés pendant 6 heures dedans. Sa mère et sa soeur sont sorties avec un drapeau blanc. Les soldats israéliens les ont tuées à bout portant puis ils ont rassemblé les autres membres de la famille dans une école, avant d'emmener les hommes nus et yeux bandés. Ils resteront prisonniers 10 jours, subissant un matraquage en règle. Des pressions sont exercées sur eux pour qu'ils dénoncent des activistes : offre d'argent, menaces, mises en présence de filles pour provoquer une érection et prendre des photos ... Omar aura le bras et des côtes cassés, il porte un bandage sur la tête et a un oeil tuméfié. A son retour il trouvera sa maison détruite et est maintenant obligé de louer un logement.

Un autre jeune homme nous raconte comment alors que lui était parti chez un oncle, il entend une explosion et voit sa maison prendre feu. Son père et 4 frères sont tués, sa mère, sa belle-soeur et 2 autres frères sont blessés. Les soldats ne laisseront pas les ambulances approcher. Quand ils voudront essayer d'évacuer les blessés sur des charrettes, ses 2 cousins seront tués à bout portant puis les soldats viendront bulldozer corps et charrettes. Il faudra aux survivants attendre 14 jours pour trier les restes humains et les enterrer.

Nombre de maisons ont servi de bastions à l'armée israélienne une fois entrée par terre ou parachutage, en témoignent les douilles des cartouches, les restes de boîtes de conserves, les graffitis sur les murs en anglais ou en mauvais arabe : « Israël pour toujours » « de la part de l'armée israélienne, nous sommes désolés », « t'as un beau slip ».

Un vieux monsieur très digne dont la maison a été bombardée 15 heures d'affilé et qui a survécu par miracle en comptant toutes les secondes de cette nuit infernale, nous dit vouloir envoyer un message au peuple français : « Ayez pitié des enfants. Pas avec de l'argent, mais avec des sentiments. Quelle est notre faute ? L'Europe a voulu régler le problème des juifs avec les nazis en nous en faisant payer le prix. Nous sommes ouverts à la paix juste en 2 parties, pas entre un cavalier et son cheval ». Il loge maintenant chez son beau-frère. Il ne demande pas d'armes pour se venger mais de l'amour, une révolution d'amour au sein des Palestiniens et du monde entier.

Lorsque nous arrivons à Zeitun, quartier sud est de la ville de Gaza, une grande tente est dressée pour les condoléances. On nous accueille avec la tasse de café très fort. 36 membres de la même famille ont été tués, des enfants ont été tués dans les bras de leurs mères. Les gens nous disent que les Israéliens laissent toujours quelques survivants pour raconter aux autres et les terroriser. C'est ce qu'ils ont fait en 48, en 56 ou en 67.

A Khuzaa, à moins de 400 mètres de la frontière sud est avec Israël, le quartier est plutôt résidentiel : de grandes maisons non mitoyennes, entourées de jardins. Les F16 ont bombardé sans sommation puis les soldats ont tiré sur les gens qui essayaient de fuir leur maison. Les hommes jeunes seront emmenés et tabassés avant d'être relâchés. D'autres seront rassemblés dans une école de l'UNRWA qui sera bombardée.

Le long du couloir Philadelphie qui sépare Gaza de la frontière égyptienne, nous découvrons l'entrée des tunnels qui ont permis d'alléger quelque peu le blocus imposé par le monde entier à Gaza. Aujourd'hui, toute cette région est dévastée, éventrée, labourée. Nous marchons au milieu de débris de toutes sortes qui peuvent encore faire du dégât : fil de fer, morceau de bois, de béton, les tunnels eux-mêmes rendus fragiles par les bombardements risquent de s'effondrer. L'agitation règne cependant chacun s'activant à récupérer ou à reconstruire ce qui peut l'être. « Ils ont détruits 10 tunnels, nous en reconstruirons 100 » nous disent rageusement les Palestiniens.

Ce qui frappe également, c'est la volonté de détruire systématiquement non seulement les gens, mais tout ce qui peut servir à la vie, c'est-à-dire, toutes les infrastructures économiques, sociales et administratives. Les terres agricoles, les usines, les écoles, les lieux de culte, les bâtiments publics, les hôpitaux ... rien n'est laissé intact. Ainsi les Palestiniens non seulement ont souffert de la guerre mais ils vont continuer à souffrir des conséquences de celle-ci puisque tout est détruit, démoli voir stérilisé pour de longues années. Ca et là, les gens essaient de récupérer les légumes et les fruits qui peuvent l'être : carottes, concombres, fraises, citrons, oranges prennent ainsi prématurément le chemin des commerces, arrachés aux butes de terre dévastatrices des bulldozers.

Le long de la côte, les navires de guerre israéliens patrouillent en permanence et tirent sur les barques des pêcheurs. Les deux nuits que nous avons passées à Gaza ville ont été écourtées vers 5 heures du matin par des détonations de canons et des salves de mitraillettes. On entendait non seulement les détonations, mais on voyait aussi les bombes exploser dans l'eau, pas très loin de la plage. 2 Palestiniens seront blessés pendant notre séjour. L'usine de conserverie de Gaza ville est entièrement détruite.

Dans les quartiers relativement épargnés, la vie reprend, créant un climat un peu surréaliste : là on va chez le coiffeur, à côté d'un quartier dévasté. Ailleurs ont déblaye les gravats, ou on reconstruit un mur. La volonté de vivre semble plus forte que tout.

Nous avons rencontré des médecins et des militants des droits de l'homme. La description qu'ils nous font des blessés et des morts nous laissera sans voix : corps déchiquetés, brûlés, sectionnés, découpés, mutilés par les obus. Tous les types d'armes ont été utilisés faisant chacun leurs blessures spécifiques : explosifs traditionnels par voie aérienne, maritime et terrestre, phosphore blanc provoquant des brûlures, gaz toxique provoquant agitation nerveuse et suffocation, gaz pestilentiels, bombes à souffle qui ne font pas de bruit mais créent des hémorragies internes, balles à fragmentation qui font entrer de multiples éclats dans les corps et font des délabrements importants.

Pendant toute la crise, les soins ont été dispensés gratuitement. Israël a laissé passer quelques convois humanitaires permettant de refaire les stocks, mais il a manqué de beaucoup de médicaments notamment des antibiotiques et analgésiques.

La plupart des personnels des hôpitaux et centres de secours sont restés sur place pendant les 23 jours de l'agression ne dormant que quelques heures par jour. De nombreux volontaires sont venus les rejoindre.

Nous sommes admiratifs devant la manière dont cette crise a été gérée : 3 jours après le cessez-le-feu, il ne reste rien de l'agitation des jours précédents, les centres de soins sont calmes, les gros blessés ont été évacués à l'étranger, les autres sont répartis dans les différents centres en fonction des soins postopératoires qu'ils doivent subir.

Aujourd'hui des blessés continuent à arriver. Ce sont ceux, notamment des enfants, qui ont manipulé des bombes non encore explosées, et ceux qui se blessent en essayant de récupérer ce qui peut l'être dans leur maison défoncée.

J'ai passé une partie de la journée du vendredi avec les urgentistes de l'hôpital du PRCS de Khan Younes. Comme c'était jour de repos, il n'y avait pas de programme opératoire et nous avons discuté avec les 3 jeunes infirmiers (le plus vieux a 22 ans), et les médecins de garde en buvant thé sur thé. Tous m'ont dit leur désir d'avoir une vie normale, de ne plus trembler pour eux ou leurs familles, leur désir de fuir l'enfer de Gaza et en même temps leur envie de voir leur pays libre. Comment oublier Hossam, infirmier de 21 ans, débordant de vitalité mais dont les yeux reflètent une telle tristesse dès qu'il cesse de faire le clown, qui me demande de la cacher dans mon sac à dos pour l'emmener en France ? Comment oublier les traits tirés du Dr Ahmed qui voudrait fuir loin d'ici et puis, se reprenant, dire que non il ne veut pas abandonner son pays mais voudrait 3 semaines de repos avant de revenir ?

A 19 heures, nous avons aidé une femme à accoucher, des jumeaux, ses premiers enfants, par césarienne. Ainsi la vie continue. 2 chirurgiens, un pédiatre et 2 infirmiers s'activent autour de la jeune femme. Je sens bien que cette équipe est habituée à travailler dans l'urgence : peu de paroles, des gestes rapides, sans réelle tendresse, mais précis. Moins d'une ½ heure après l'installation de la jeune femme sur la table, les deux petits garçons sont sortis et mis sous les lampes. Une autre ½ heure et la maman remonte dans la chambre ! Deux nouveaux petits Palestiniens vont avoir à affronter les dures conditions de la vie à Gaza. L'image des couveuses ouatées de l'hôpital de Poitiers me traverse l'esprit et je dois dire que j'avais la gorge serrée en contemplant ces petits êtres poussant leurs premiers cris dans des conditions aussi précaires.

2 – Le bilan

Plus d'un million de tonnes de bombes et d'explosifs a été déversé sur les 360 km² du territoire gazaoui, soit environ 5 kg de bombe au m².

Le PCHR a fait le récapitulatif de ces journées qui ont ensanglanté Gaza du 27 décembre au 18 janvier :

Des familles entières ont été tuées. Les femmes et les enfants constituent plus de 43 % des victimes. Les infrastructures, les terres cultivées, les maisons et les bâtiments collectifs ont été entièrement détruits.
- 1 285 Palestiniens ont été tués parmi eux : 895 civils dont 280 enfants et 111 femmes et 167 membres de la police civile ;
- 4 336 Palestiniens, pour la plupart des civils, ont été blessés dont 1 133 enfants et 735 femmes ;
- Nizar Rayan et Sa'id Siam, responsables militaire et politique, ont été exécutés avec des membres de leurs familles sans jugement préalable
- Les destructions de maisons dues aux bombardements et aux tirs d'artillerie ont entraîné la mort de familles entières et de blessés à vie.
- Les FOI (Forces d'occupation israéliennes) ont attaqué ambulances et véhicules de la défense civile et des services de secours
- 2 400 maisons ont été entièrement détruites dont 490 par bombardements aériens
- 28 lieux publics incluant les bâtiments des ministères, des municipalités, des conseils régionaux, du Conseil législatif et des ports de pêche ont été détruits
- 21 chantiers incluant des cafétérias des salles de mariage, des hôtels et des aménagements touristiques ont été détruits
- 30 mosquées ont été totalement détruites, 15 autres, partiellement
- Les bureaux de 10 organisations caritatives ont été détruits
- 121 ateliers industriels et commerces ont été détruits, 200 autres, endommagés
- 5 usines à béton et une production de jus de fruit ont été détruites
- 60 postes de police et commissariats ont été détruits
- 5 immeubles abritant des médias et 2 assurant des soins médicaux sont détruits
- 29 établissements à vocation éducative ont été totalement ou partiellement détruits
- Des centaines d'hectares de terres cultivées ont été défoncées.

3 – Et maintenant ?

Pour tous les gens que nous avons rencontrés, notre venue est capitale. Elle montre non seulement qu'ils ne sont pas seuls, mais elle leur donne l'espoir qu'au retour nos témoignages aideront à faire parler la justice.

L'agression a permis de renforcer l'unité des différents partis sur le terrain. Le Hamas n'était pas seul à résister. Tous ont combattu ensemble. Et tous ont souligné la volonté délibérée d'Israël de s'en prendre aux civils et aux infrastructures.

Ils ont aussi montré du doigt la responsabilité de l'UE qui, en renforçant ses accords de coopération avec Israël, lui a en fait donné quitus pour commettre son agression.

Nous avons rencontré le ministre de la santé, le Docteur Naïm. Pour lui cette guerre n'est qu'un aspect aigu d'une situation qui dure depuis plus de 60 ans. Elle est la conséquence logique du processus de paix entamé avec l'ennemi sioniste et qui n'a abouti qu'à plus de colonies, plus de check points, de nouveaux massacres, la construction du mur ... et a laissé les Palestiniens déçus et frustrés.

Il revient aussi sur les élections de 2006 dont le déroulement a été jugé démocratique par tous les observateurs, mais dont les résultats non conformes aux souhaits des USA, d'Israël et des Européens, a entrainé le blocus inique avec des conséquences sur tous les plans de la vie quotidienne, transformant Gaza en une vaste prison.

Il réaffirme que ce ne sont pas les Palestiniens qui sont les agresseurs mais bien le blocus et l'occupation. La communauté internationale et le clan occidental en particulier sont tombés bien bas en refusant de lever le petit doigt ou en reportant la responsabilité sur la victime. Ban Ki Moon est venu à Gaza la veille de notre rencontre. Il a visité les locaux de l'UNRWA dévastés par les bombes israéliennes, mais n'a rencontré aucune famille palestinienne.

Pour le Ministre, seules les manifestations des gens ayant encore un peu de conscience peuvent faire changer les choses. Il ajoute en riant que certains ont proposé au Venezuela et à la Bolivie de faire partie de la Ligue arabe pour la faire évoluer ! Et plus sérieux, il souligne que la position de ces deux pays qui ont renvoyé l'ambassadeur d'Israël, montre bien qu'il ne s'agit pas d'une question relative à l'islam mais de justice humaine.

Pour tous il est clair que Mahmoud Abbas s'est comporté comme un vulgaire collabo et n'a plus de crédibilité. Le souhait majoritaire semble d'aller vers un gouvernement transitoire d'union avec deux objectifs :
- Briser le siège et éliminer la corruption
- Préparer des élections démocratiques dont les résultats seraient reconnus et acceptés par tous.

D'autre part, les Palestiniens nous demandent de tout mettre en oeuvre pour poursuivre en justice les criminels de guerre, et faire qu'ils ne puissent plus se promener impunément. Leur credo n'est pas le choc des civilisations mais les droits de tous les êtres humains, la coopération entre tous, la complémentarité des civilisations.

Et tous nous diront « c'est à vous, société civile de nous donner quelque espoir pour continuer à croire aux valeurs de liberté, égalité, fraternité. Sinon nous allons perdre confiance en l'autre partie et nous irons vers une radicalisation. C'est à vous de briser ce cercle vicieux. »

De retour de là-bas, et parce que les yeux noirs des enfants sales et pieds nus sur les ruines de leurs maisons ne me quittent plus, je me dis que oui, nous devons tout mettre en oeuvre pour refuser la vision manichéenne du bien et du mal et redonner sa place au Droit pour le règlement des conflits sous peine de voir se recommencer des carnages comme celui de Gaza.

Sylvette Rougier
Compte-rendu de mission à Gaza du 18 au 25 janvier 2009
Source : Sylvette Rougier,
http://www.silviacattori.net/article728.html
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=6018
http://www.protection-palestine.org/impression6829.html

# Posté le vendredi 17 juillet 2009 05:48